I. Les terres rares au détriment des terres

La demande en terres rares augmentant continuellement, l’extraction de ces dernières s’intensifie, demandant toujours plus de terres riches en terres rares, au détriment de ceux qui y vivent ou qui en vivent.

Les ressources en terres rares étant inégalement réparties, les terres qui en sont riches sont des denrées précieuses pour les producteurs qui se disputent ces parcelles. Cependant ces terres sont bien souvent déjà utilisées par quelqu’un qui y vit ou qui l’exploite mais face au géant de l’industrie des terres rares ces gens ont bien peu de pouvoir. Le Groenland est un parfait exemple de cette situation : à Narsaq, au sud du Groenland, une montagne semble abriter la deuxième plus grande réserve de terres rares au monde, un vrai trésor pour les industries, mais un cauchemar pour les habitants, majoritairement inuits de la région, qui doivent lutter contre les entreprises et les pays qui souhaitent exploiter leurs terres.

Ces terres sont vitales pour le Groenland puisque ce sont elles font partie des rares terres arables de l’île. Les bergers craignent particulièrement l’ouverture de ces mines, si elles ouvrent ils ne pourront plus travailler et devront partir. Cela représente au moins une dizaine de famille de berger avec des enfants, des femmes enceintes et des personnes fragiles qui se retrouveraient sans rien du jour au lendemain. Ce n’est pas le seul endroit où la population est menacée par l’exploitation des terres rares, et même une fois l’exploitation de la terre arrêtée, elle n’est plus du tout fertile.

Près de 8000 moutons paissent dans la région agricole de Qassiarsuk

Près de 8000 moutons paissent dans la région agricole de Qassiarsuk, là où le Viking Erik Le Rouge avait installé sa colonie il y a plus de mille ans. — © Rachel B. Häubi / Heidi.news.

II. Une industrie polluante qui grandit avec la décarbonisation de l'énergie

Avec l'avancée grandissante de l’énergie verte, les besoins en terres rares augmentent mais c'est une industrie polluante, qui, pour épurer notre air, nuit à la santé de d’autres.

Dans un premier temps on pense d’abord à l’extraction des minerais qui est très polluante et détruit les terres, et pollue les environs, par exemple à Narsaq les terres rares se trouvent dans des mines riches en uranium faisant courir de graves risques à la population environnantes. Cette pollution passe dans l’eau et l’air et vient impacter lourdement la santé des gens, des animaux, polluer les terres et détruire la biodiversité.

Mais l’extraction n’est pas la seule étape polluante, à cela s’ajoutent le traitement du minerai, l’isolement du groupe et la séparation des éléments du groupe. Cela utilise des produits chimiques, beaucoup d’eau et d’énergie (souvent fossile) et les déchets (parfois radioactifs) sont souvent abandonnés dans de grands réservoirs naturels ou artificiels qui créent de la pollution à long terme et peuvent créer des dégâts importants en cas de forte pluies ou si le stockage est endommagé.

Lagune de Baotou

Lagune de Baotou — @Liam Young/Unknown Fields

L’extraction et le traitement des terres rares dégagent beaucoup de pollution et de résidus nocifs pour la santé, par exemple, durant la phase de broyage du minerai, 61,8 t/an de poussières contenant du thorium sont émises; l’exposition prolongée aux poussières de thorium conduisent à une augmentation significative des décès dus au cancer du poumon parmi les travailleurs de la région de Baotou ou les terres rares sont exploitées. De plus, les étangs de stockage des déchets ont causé une pollution des nappes phréatiques qui affecte les puits des villages environnants, l’élevage, l’agriculture et la santé des habitants; sur 100 000 t de concentrés de terres rares traités par an, on estime qu’environ 200 t d’oxyde de thorium sont présents dans ces boues. L’utilisation d’acide sulfurique dans la production d’1 t de concentrés de terres rares peut libérer dans l’atmosphère entre 9 600 et 12 000 m3 de gaz contenant fluorures, SO2, SO3 et des poussières, pour finir, 75 m3 d’eaux usées acides et 1 t de résidus radioactifs sont générés par t de concentrés de terres rares.

Au-delà de la pollution de l’environnement qui impacte la santé de ceux qui y vivent, cette industrie nuit également grandement à la santé des travailleurs du secteur.

III. La misère des travailleurs

Les travailleurs employés à l’extraction et au traitement des terres rares travaillent souvent dans des conditions déplorables, qui nuisent gravement à leur santé et pour des salaires de misère.

Bon nombre des travailleurs déployés en Chine à l’extraction et au traitement des terres rares souffrent ou souffriront de problème de santé due au conditions dans lesquelles ils travaillent, par exemple, une brochure de l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) sur l’exposition professionnelle aux poussières de terres rares montre que l’exposition aux poussières issues de l’exploitation de ces minerais peut être susceptible d'entraîner des pathologies pulmonaires si des précautions ne sont pas prises pour limiter le niveau de poussière sur le lieu de travail. Le peu d’études et de recul sur l’exploitation des terres rares entraînerait dans nos pays des mesures préventives relevant du principe de précaution, mais en Chine ce n’est pas le cas et cela nuit gravement à la santé des travailleurs du secteur.

En cherchant un peu on trouve de nombreux témoignages des conditions de travail dans les mines d’extraction des terres rares et dans les lieux de traitement, et ils témoignent tous des conditions déplorables dans lesquels ces gens travaillent, par exemple, le travail quotidien à Bayan Obo: L’activité de ce site est permanente (24h/24); les ouvriers dont la tâche est d’extraire les terres rares du minerai œuvrent dans une atmosphère saturée en acide sulfurique qui irrite les yeux et leurs vêtements sont brûlés par les éclaboussures d’acide. Ils sont protégés par des masques et des gants, mais les masques sont peu efficaces et après les 12h que dure leur poste, ils ont des difficultés respiratoires. Ici encore, les heures supplémentaires ne sont pas toujours payées et personne n’a d’assurance contre les accidents. Pourtant, les salaires attractifs pour la région (1600 yuan / mois (~210€)) attirent des paysans dont les terres sont empoisonnées chaque jour davantage.

Ouvriers dans une mine de terres rares dans la province de Jiangxi (Chine - Oct.2010)

Ouvriers dans une mine de terres rares dans la province de Jiangxi (Chine - Oct.2010) —@Jie Zhao / Corbis via Getty Images - Los Angeles Times